Les rencontres avec les fondateurs dans le vent ou des chefs de renoms c’est toujours intéressant. Sauf qu’aujourd’hui, Les gourmands 2.0 veulent vous parler d’un autre type de chef. Un chef à domicile qui vient où vous voulez, pour vous cuisiner ce que vous voulez. Thierry vous parle de son parcours scolaire, de ses galères, de son métier, tape même du point sur la table au sujet des conditions salariales de ces grandes maisons et il vous séduira par son amour de la cuisine et du client.
Bonjour Thierry peux-tu te présenter ?
Thierry : Bonjour à vous, tout d’abord permettez moi de vous remercier de donner de la visibilité à ce "jeune" métier qui est celui de Chef à Domicile.
J’ai 33 ans, je suis issu de la pure école hôtelière bretonne. J’ai 5 ans d’études en restauration comme bagage, avec pour commencer deux ans en BEP-CAP au Lycée Chaptal de Quimper. Puis j’ai continué avec deux ans en Bac Technologique Hôtelier au lycée de Dinard où je me voyais poursuivre en BTS mais j’ai finalement décidé (à cause de fourmis dans les jambes) de partir sur une Mention Complémentaire Traiteur d’un an au Lycée Nicolas Appert d’Orvault, près de Nantes.
J’ai pas mal bougé durant mon parcours professionnel, dès l’obtention de ma Mention Traiteur je suis parti rejoindre un ami sommelier en Angleterre pour travailler comme cuisinier durant un an. Je suis ensuite revenu en Bretagne à Rennes où j’ai travaillé dans divers restaurants gastronomique : le Clos Champel, au Serment de Vin et à la Fontaine aux perles, anciennement étoilé Michelin. Suite à ça j’ai eu la chance de pouvoir intégrer la brigade du restaurant le V ("Cinq") du Palace parisien Four Season’s (à l’époque trois étoiles Michelin) dans le 8 ème arrondissement durant un an où j’y ai retrouvé mon ami sommelier, une chance extraordinaire de découvrir le TOP de la cuisine française ! J’ai terminé mon périple parisien en faisant une année de plus dans un restaurant spécialisé dans les accords "Mets et Vins".
Un retour à la vraie vie provinciale et à l’air iodé breton devenait nécessaire, de plus je me suis dit qu’il était temps de me mettre à mon compte. Au bout de dix ans de vie de cuisinier, on a envie de voler de ses propres ailes et de faire la cuisine qu’on aime et qui vient de son propre cœur. Alors j’ai mûrement réfléchi et j’ai eu l’idée de me lancer dans l’aventure de Chef à Domicile, concept connu sur Paris et dans les grandes villes de France mais seulement au stade de balbutiement à Rennes.
Tu es "chef à domicile" ? Tu peux nous en dire un peu plus sur cette activité ?
Thierry : Être Chef à Domicile c’est vraiment la volonté d’aller vers les gens et de leur faire découvrir un nouveau service, c’est avoir envie de leur faire partager un bon moment autour d’une table, de la convivialité mais également un autre regard sur la cuisine gastronomique. Avant tout cuisinier c’est faire plaisir !
Cela fait donc bientôt deux ans que j’exerce ce beau et nouveau métier comme auto-entrepreneur (création d’ "Un Toqué à la Maison" en Juin 2010), grâce à ça, je découvre de nouvelles personnes et d’autres horizons de la cuisine, c’est un vrai partage.
J’offre plusieurs options qui sous ma toque : Je donne des cours de cuisine aux particuliers mais aussi à des associations culinaires rennaises et bientôt pour des repas d’affaire au sein d’entreprises. Je ne fais pas que des repas chez les gens ça peut être pour des repas de famille, des anniversaires, des demandes en mariage, baptêmes, communions, etc…
Pourquoi avoir choisi de faire ça plutôt que de travailler dans les cuisines d’un restaurant ?
Thierry : Sincèrement, j’en avais marre de devoir, à chaque fois que j’intégrai une nouvelle cuisine de restaurant, faire de nouvelles concessions, faire la cuisine du Chef en place sans avoir de vraies libertés. Pour les horaires aussi, c’est un travail qui impose une cadence de fou avec des heures supplémentaires pour au final un salaire de misère. J’en avais vraiment marre, il existe une véritable langue de bois à ce sujet dans ce métier. On n’a pas le pouvoir de crier haut et fort qu’on est exploité… Pour moi si l’on était vraiment payé pour le travail fourni en cuisine, cuisinier serait le plus beau métier du monde! Pouvoir vivre convenablement de sa passion tout en pouvant profiter de la vie et de sa famille, c’est ça qui est énorme !
Le concept marche bien ? Combien de clients en moyenne as-tu par mois ?
Thierry : Je n’ai pas encore assez de recul pour pouvoir vraiment juger du lancement, j’en saurais plus dans un an, pour ma 3 ème année d’activité. Pour le moment, c’est vraiment très encourageant, ça plait aux gens. Le fait de recevoir chez soit de la famille ou des amis et de pouvoir déguster des produits frais travaillés sur place, c’est carrément amener le restaurant dans sa maison, dans son propre cocon, sans les tracas du restaurant (ambiance bruyante, plats qui peuvent ne pas plaire, enfants en bas âges, etc…). Avec les gens ont conçoit à l’avance le menu pratiquement sur mesure, et même avec les accords mets et vins. Le fait de ne pas avoir à organiser, la corvée des courses, être tout le temps en cuisine, et ne finalement ne pas voir ses convives, ce sont ces tracas que je permet d’éviter. D’autant plus que je repars toujours en laissant la cuisine nickelle, plus une fourchette à laver, il ne reste au client plus qu’à digérer tranquillement.
Pour le moment je fais entre douze et quinze prestations par mois, cela dépend des mois bien évidement mais c’est en croissance. Il y a une certaine saisonnalité, les mois de juillet et août sont généralement les plus calmes.

Nous avons constaté plusieurs articles sur toi dans les journaux locaux, comment as tu réussi à installer cette petite renommée autour de toi ?
Thierry : Le plus important dans ce métier c’est le bouche à oreille et il faut du temps pour qu’il se mette en place ! La meilleure publicité c’est celle qui est faite par les clients. Le bouche à oreille permet de se faire connaitre rapidement mais de la même façon il peut te faire couler. De mon côté, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes (elles se reconnaitront d’elles-mêmes !). Cependant, restons réalistes, la chance ça se provoque aussi. Si j’ai eu 3-4 articles dans des journaux et magazines, un reportage sur la chaine TV Rennes, des passages sur les ondes rennaises (Canal B), etc. c’est parce que je me donne toujours à fond.
Quels seraient les conseils que tu peux donner à quelqu’un qui souhaite se lancer dans une activité comme la tienne ?
Thierry : Tout d’abord il faut être très ouvert, la cuisine est universelle ! Il ne faut pas avoir peur, tenter d’ouvrir des portes que l’on pensait closes… Moi au départ je n’étais qu’un simple cuisinier enfermé dans la cuisine d’un restaurant, là, je dois m’ouvrir aux autres et parler avec mon cœur à travers mes plats ! C’est très complet, j’ai appris beaucoup, je fais du relationnel, je fais de la comptabilité, je me replonge dans l’univers du vin et je sers même les clients… Je suis un restaurant à moi tout seul. Il faut être polyvalent mais c’est un métier qui le rend bien, on peut faire de très belles rencontres.
Cela peut paraitre risqué de se lancer dans une telle aventure mais j’ai enfin trouvé le moyen de lier passion, travail et vie de famille. Aujourd’hui je suis le plus heureux des cuisiniers !
Thierry, c’est nous qui te remercions. Le monde de la gastronomie a besoin de gens comme toi et nous sommes certains que cet échange va intéresser beaucoup de monde. Les gourmands 2.0 te souhaitent une excellente continuation avec "Un toqué à la maison" !












Dommage que ça ne soit que à Rennes
Oui, les gourmands 2.0 sont bien d’accord